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  • josianetremel

Faire face à l'anxiété

Avec l'épidémie, l'anxiété nous gagne. Accès de panique, tensions internes ou lourde fatigue. Il est possible d'alléger le poids de l'angoisse.

Tiré d'un article publié lors du 1er confinement de Mars 2020. Pour Ella, serveuse au chômage technique, cela se traduit par des pointes d'affolement, "une tension intérieure qui monte, qui monte, très vite alors que je ne m'y attends pas et je me retrouve avec les larmes aux yeux et la gorges serrée".

Pour Alain, cariste retraité, s'est plutôt "comme une immense fatigue qui ne part pas, puis le dos qui se bloque pour rien". Inquiétude pour ceux qu'on aime et pour soi-même ; craintes de perdre son emploi, de ne pas pouvoir passer ses examens ou concours. Avec le confinement, la menace épidémique est sortie de la télévision pour bousculer notre vie quotidienne. On ne voit plus les proches que l'on aime, on ne sort plus, on se sent en prison. Que s'y ajoute la maladie, voire la mort, de personnes que l'on connait, ou même dont on se sent émotionnellement proches, et la réalité devient brutale. L'anxiété peut alors toucher tout le monde, même ceux qui en sont peu coutumiers. Pénible à vivre quand elle suscite accès de panique ou troubles de l'humeur (déprime, mais aussi agressivité et colère à maîtriser), elle génère aussi un épuisement psychique, voire physique. Le sommeil en pâtit. Les sensations physiques, surtout lorsqu'il s'agit de douleurs, sont majorées. Notre jugement et nos capacités à prendre des décisions utiles et équilibrées s'en trouvent altérés. Il est donc utile de mettre en œuvre quelques techniques mentales pour la juguler.

Apprendre à accepter l'incertitude

L'anxiété est une peur sans objet qui se nourrit de "ne pas savoir". Ces temps qui nous confrontent à l'inédit pour aujourd'hui et à l'incertitude pour demain lui fournissent un terreau idéal... D'autres pensées permettent cependant de contrer ce réflexe : en temps normal, est-on vraiment sûr de ce que sera le lendemain ? Les habitudes bouleversées qui masquent aussi le côté imprévisible de la vie, ne peuvent-elles pas être remplacées? Pour renforcer notre tolérance à l'incertitude, Jelena Kecmanovic, professeure de psychologie à l'Université de Georgetown aux Etats-Unis propose (The Conversation 16 mars 2020) de s'entraîner à laisser sans réponses les petites questions qui se présentent, qu'il s'agisse de la météo ou d'une date d'anniversaire oubliée, en ne les cherchant pas aussitôt après de quelqu'un ou sur internet. S'imposer ainsi des délais, de quelques minutes ou plus, permet de "distendre" le sentiment d'urgence. On apprend à calmer le jeu quand les pensées menacent d'entrer en surchauffe . Attention aussi pour ceux qui sont habituellement dans le contrôle, à ne pas recréer des règles trop fortes à la maison. Des routines pour rythmer les journées, c'est très important. Des agendas inutilement contraignants, non. Ainsi faire travailler les enfants sur leurs devoirs, ne signifie pas qu'il faut devenir instituteur, en plus du reste, plusieurs heures par jour. C'est un challenge impossible, pour eux, comme pour vous.

Combattre le paradoxe de l'anxiété

L'anxiété se nourrit de nos dénis. Comme disait le psychanalyste Carl Jung "tout ce à quoi l'on résiste persiste". Plutôt que s'arc-bouter contre soi-même, il vaut mieux laisser les pensées, sentiments et sensations liées à l'anxiété nous envahir temporairement. Et pleurer sans honte, plutôt que de contenir douloureusement ses larmes. Lorsque les vagues d'anxiété affluent, résistez à l'envie de les fuir dans l'alcool, les drogues "douces" mais aussi la boulimie ou la recherche compulsive d'informations sur internet. Attention aussi aux nouvelles routines des "apéros vidéos" alcoolisées qui peuvent mener insidieusement à boire un verre (ou plus) tous les jours "pour se détendre". Ne pas sous estimer ses capacités de résilience, ni surestimer les menaces. Pour réussir à aller de l'avant, notre cerveau est "équipé", tant au niveau psychologique que neurobiologique, pour gérer la plus fondamentale des peurs : la peur de la mort. Il dépense beaucoup d'énergie, comme l'a montré une équipe de neuroscientifiques du Centre de recherche en Neurosciences à Lyon, pour éviter de penser à sa propre finitude. Alors forcément, en ces temps d'épidémie, il s'épuise d'autant plus. Il faut le reposer en lui évitant les pensées obsessionnelles et en lui procurant des respirations, des temps de distraction - au vrai sens du terme, pour le détourner des peurs - avec des jeux de société, des films comiques ou des ateliers cuisine. A rebours, ne fatiguez pas votre esprit à coups d'émotions anxiogènes. De nombreux groupes Facebook colportent de façon frénétique des informations distordues, grossies ou simplement fausses qui n'ont pas d'autre but que d'amplifier les menaces ambiantes et nourrir les colères. Fuyez-les. Et limitez votre information à la lecture de votre journal, un peu de radio ou de télévision sur des créneaux bien circonscrits. Pour ce qui est des inquiétudes plus personnelles enfin, relatives au travail ou aux études, apprenez à vous faire confiance, notamment en évoquant les souvenirs des moments positifs de votre vie, de vos réussites. Dites-vous enfin, que cette situation, qui est pénible c'est incontestable, se terminera. Car tout se termine un jour.

Demander de l'aide

Etre confiné ne veut pas dire que l'on est obligé de se débrouiller seul. Aujourd'hui comme hier, il est possible de s'adresser à un médecin généraliste, un psychiatre ou un psychothérapeute pour se faire soutenir. Le confinement et l'actualité peuvent réveiller des failles intimes. Le fait de ressentir des symptômes de la maladie ou de savoir qu'un proche est touché peut soudain donner corps, au sens propre du terme à des peurs que l'on avait voulu ignorer, alors soudain... on suffoque. Que ce soit en cabinet sur rendez-vous ou en vidéo consultation, les thérapeutes disposent d'outils, thérapies cognitives et comportementales, thérapies par la parole qui ont fait leurs preuves et permettent d'agir sur le fond. Le médecin généraliste ou psychiatre ont aussi la possibilité de prescrire, sur une courte durée ou pour des prises ponctuelles, des médicaments anxiolytiques qui procurent un soulagement immédiat. Sur internet, de nombreux sites, ainsi que YouTube, proposent des séances de méditation, relaxation, yoga ou sophorologie qui permettent d'apprendre à accueillir les émotions et à les transformer pour qu'elles soient moins pesantes. On peut aussi y trouver des cours de gym, de Pilates, des séances de musculation ou d'abdos fessiers qui aident à lutter contres les tensions par l'exercice physique.

Source : d'après Christine Baudry Le Télégramme du 28 mars 2020 #anxiété #épidémie #accèsDePanique #tensions #fatigue #confinement